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6.11.2008

Obama et le journalisme d’anticipation

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Déjà au XVe siècle, dans sa grande sagesse, Léonard de Vinci le disait : « la vérité n’est fille que du temps ». Avec l’élection présidentielle américaine, nous venons de vivre un de ces moments médiatiques qui contracte le temps jusqu’à en altérer la vérité. Si vous n’avez pas déjà été emporté dans la tourmente suivante de l’information, vous vous souviendrez peut-être de la semaine qui a précédé la victoire de Barack Obama, de ces jours où non seulement les médias forgeaient l’information comme si cette victoire était naturellement acquise mais passaient déjà à l’étape suivante. Déjà, avant même la certitude de cette victoire, on se demandait dans un premier temps comment le vainqueur ferait pour ne pas décevoir, et dans la foulée comme il ferait, une fois qu’il aurait déçu !

Certes gouverner, c’est prévoir et le journalisme se doit d’inscrire l’événement dans son contexte passé, présent et même, dans la mesure du possible, futur. Mais cette contraction du temps n’est pas innocente. Elle banalise l’information. Elle provoque un effet de distorsion de sens. Elle supprime le temps de la réflexion, elle efface ce petit moment de vacuité qui seul permet de prendre la mesure des choses et la conscience du réel. Pas encore construit l’événement est déjà déconstruit. Aujourd’hui même les commémorations et les anniversaires sont anticipés de plusieurs semaines, parfois de plusieurs mois.

Ce journalisme d’anticipation qui est devenu une sorte de règle universelle s’explique naturellement par l’exacerbation de la concurrence et la peur du vide que celle-ci provoque. Il ne faut surtout pas prendre le risque de ne pas être le premier à poser la question suivante même si celle-ci risque de dénaturer la compréhension et la portée de l’événement en cours. L’anticipation permanente, cette loi absolue du marché dont on vient de mesurer par ailleurs les effets, dicte désormais sa loi aux médias et pousse inexorablement le journalisme vers la fiction qui en est l’étape ultime. D’autant qu’aujourd’hui, tournant le dos à l’Histoire, les médias ne veulent fonctionner qu’avec des histoires.

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