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1.10.2009

Berlusconi, la gauche et les « farabutti »

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On n’a pas vraiment idée ici de ce qui se passe réellement aujourd’hui dans l’Italie berlusconienne. On ironise certes avec une certaine condescendance sur les frasques et les goujateries du premier italien. Mais on ne mesure pas suffisamment la réalité du phénomène et son emprise sur la société transalpine.

Samedi il y a aura en Italie une grande manifestation en faveur de la liberté de la presse. Pour rappel Silvio Berlusconi a intenté un procès aux quotidiens d’opposition La Repubblica et l’Unita. Notamment parce que le premier pose depuis des semaines dix questions sans réponse sur les mensonges et l’éthique du Président du Conseil à propos de sa tumultueuse vie privée qui a par ailleurs conduit son épouse à condamner publiquement son attitude et à demander le divorce. Le même Berlusconi qui maîtrise déjà la quasi totalité des télévisions privées, tente de censurer les émissions de la RAI qui mènent des enquêtes à son propos. Ces dernières semaines le Président du Conseil et son entourage se sont déchaînés contre l’opposition, calomniant les uns, insultant les autres. « Nous sommes entourés de « farabutti », traduisez de vauriens ou de voyous- à la télévision, dans la presse et la politique », s’est exclamé Berlusconi. En réaction un mouvement spontané est né. Sur le site de « La Repubblica » des milliers de personnes envoient leur photo barrée d’un « nous sommes tous des farabutti ».

Une pétition de juristes en faveur la liberté de presse a réuni plus 400.000 signatures. Et il y a fort à parier que la manifestation organisée samedi par le syndicat des journalistes sera un grand succès. Mais des questions se posent sur ce mouvement, comme le souligne le sociologue Ilvo Diamanti. Ce mouvement de protestation, comme les fameuses farandoles de Nanni Moretti en 2002, tentent de remplir le vide d’une gauche absente et divisée qui a abandonné la militance locale et la participation politique pour se consacrer quasi exclusivement aux médias et surtout à sa présence en télévision. Comme Berlusconi, mais avec moins de succès ! Les médias sont ainsi devenus le seul et unique champ de la confrontation politique. Et c’est d’une certaine manière le même Berlusconi qui a imposé l’agenda politique faisant glisser le débat sur le terrain du privé, imposant finalement les thèmes et le langage de la confrontation même s’il n’en contrôle pas toutes les conséquences. Et il a même fourni une insulte devenue identitaire – « farabutti »- adoptés comme signe de reconnaissance, note Diamanti, par ceux qui s’appelaient ou se déclaraient jadis « amis » ou « camarades ».

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