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29.04.2010

« La Prima Linea », un film et les tabous de l’histoire (1)

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Le cinéma n’est pas un cours d’histoire. Heureusement. Mais un film peut aider à combattre le silence et à éclairer la mémoire. C’est le cas de « La Prima Linea » de Renato de Maria qui sort chez nous mercredi prochain. En s’inspirant du récit autobiographique de Sergio Segio, un des fondateurs du mouvement terroriste italien d’extrême-gauche, le réalisateur nous replonge dans les années de plomb, cette décennie des années 70/80. Il nous permet de mieux comprendre le passage d’une génération de jeunes militants révolutionnaires de la contestation radicale à la lutte armée et sa dérive progressive vers l’assassinat comme politique.

"La Prima Linea" de Renato de Maria avec Riccardo Scamarcio, Giovanna Mezogiorno et Fabrizio Rongione

Avec une sobriété de ton et une maîtrise de la mise en scène, Renato de Maria filme ces personnages exactement à la bonne distance, celle qui exclut tant la complaisance que le moralisme. A travers une succession de flashbacks, qui s’entremêlent à une journée essentielle pour les protagonistes – remarquablement interprétés- le réalisateur rend avec beaucoup de réalisme le climat d’une époque sur laquelle un silence de plomb est tombé. La société italienne, l’état et un bien des ex-terroristes n’ont jamais vraiment fait leurs comptes avec l’histoire. Un climat passionnel et revanchard continue de marquer les débats sur cette période. D’où les violentes polémiques qui ont entouré le film alors que personne ne l’avait encore vu en Italie. Le reproche de justification du terrorisme ne tient pas une seconde. Les personnages du film ne vivent et ne transmettent que des échecs, ils sont de plus en plus sourds et aveugles face à la réalité d’une classe ouvrière au nom de laquelle ils prétendent combattre mais qui les condamne sans appel.

Tout au long du film, Sergio le dirigeant de Prima Linea, décrit cette spirale de la mort avec une froide lucidité autocritique. « Nous avons fait des choses folles, nous étions convaincus d’avoir raison et nous avions tort mais nous ne le savions pas. Nous avons confondu l’aube et le crépuscule, dit-il ». Tandis que son meilleur ami qui le presse d’abandonner la lutte armée lui lance : « Vous êtes la Prima Linea, la première ligne d’un cortège qui n’existe pas ». C’est le sens d’un film qu’il faut voir pour mieux comprendre cette période qui continue de marquer l’Italie contemporaine.

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