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Le blog de Jean-Paul Gailly

Chronique toute personnelle selon ce qui captivera mon attention dans l’actualité (politique ou non) pour susciter le débat.

Mon approche est celle d’un libre examen. Comme l’écrivait Rosa Luxembourg, « la liberté c’est toujours celle de celui qui pense autrement ».


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12.09.2009

Boycottons l’injustice, pas la Constitution

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Mais quelle mouche a donc piqué certains édiles communaux Bruxellois cet été ? Interdire à des citoyens, paisibles et sans armes ou gourdins, de défiler et de distribuer des tracts c’est bon pour des régimes autoritaires ou dictatoriaux, c’est nocif et antinomique en démocratie.

Dans les années 1970, l’action décidée du Collectif pour la liberté d’expression débuta à... St Gilles, puis s’étendit à l’ensemble des communes Bruxelloises, pour aboutir à une décision de la Conférence des Bourgmestres appelant ses membres à modifier les réglements communaux et à ne plus soumettre la distribution de tracts à une autorisation préalable. Au cours de cette action, le peintre et militant Jo Dustin avait réalisé une splendide affiche (que je ne suis malheureusement pas parvenu à retrouver pour vous la faire partager) montrant une pomme entamée servant de support au texte de l’article 19 de la Constitution. Cet article prévoit en effet la liberté de manifester ses opinions en toute matière, sauf la répression des délits commis à l’occasion de l’usage de cette liberté.Les citoyens avaient au fond simplement amené leurs élus à respecter la Constitution.

Un arrêt du Conseil d’Etat rendu à propos d’une action similaire menée à Antwerpen (www.raadvst-consetat.be/Arre...) a confirmé leur lecture du texte fondateur. Sur 6 communes, 3 ont heureusement su garder la tête froide et préserver les principes constitutionnels ; mais que penser des 3 autres ?

Allons au-delà de cette lecture juridique et constitutionnelle maintenant.

Les propos tenus par certains élus ou chefs de cabinet notamment les 16 et 18 août dernier (voir www.parlemento.com ) sont assez sidérants. Si un bourgmestre flamand de la périphérie interdisait la distribution de tracts francophones sur le territoire de sa commune, que n’entendrait-on pas ? Que n’a-t-on d’ailleurs pas entendu (à raison) lorsque dans ce cas dez figure certains ont empêché d’apposer des affiches électorales en français ? Si un régime politique autoritaire d’Europe de l’Est, d’Asie, ou d’Afrique, prenait la même mesure d’interdiction, ces mêmes élus (heureusement) seraient sans doute présents pour protester. Alors quoi ? Faut-il comprendre que ces élus ont une vision à contenu variable des droits fondamentaux ? La déclaration des droits de l’homme serait à lecture multiple et opportuniste ?

Allons un pas plus loin et convenons que c’est l’audace de ces citoyens qui a provoqué le dérapage autoritaire. L’audace de vouloir boycotter, non pas les citoyens d’Israël, mais bien les produits venant de ce pays, pour protester contre les situations d’injustice et d’apartheid qui y règnent. Le fonds de pension public Norvégien vient de valider cette approche et de de décider de se retirer du capital d’un groupe électronique israëlien au motif que cette société avait fourni un système de surveillance pour le fameux mur, déclaré illégal par la Cour internationale de justice (voir B.Loos dans "Le Soir "de ce jour, page 16-17).

Alors quoi ? Si l’on souhaite le bonheur et la paix pour les peuples Israëlien et Palestinien (voir à ce propos notamment les chroniques d’Henri Goldman dans les blogs de Politique), est-il encore besoin de démontrer que le terrorisme ou l’action militaire ne sont que des impasses dramatiques et totalement inefficaces ? Est-il encore besoin de démontrer que prétendre en même temps faire la paix avec l’autre et lui couper les vivres, l’électricité, l’eau,... ne mène que droit dans le mur (au sens propre hélas aujourd’hui) ? Un mur entre deux peuples sur le même territoire où ils ont également droit de cité, qu’est-ce d’autre que l’apartheid ?

Alors quoi ? Si l’on rejette la violence, et c’est sûrement le cas de ces élus, pourquoi vouloir baillonner ceux qui recommandent une action de pression non-violente ? Quel message envoie-t-on ainsi ?

En résumé, les responsables de 3 communes Bruxelloise ont, sans prendre le temps de la réflexion, envoyé comme message : "nous n’entendons pas respecter l’article 19 de la Constitution, et par ailleurs nous trouvons scandaleux d’envisager des actions non-violentes pour essayer de modifier une situation injuste".C’est tout bonnement catastrophique.

L’urgence administrative et policière est bien mauvaise conseillère ; on ne saurait trop inviter ces femmes et hommes, par ailleurs sincèrement et indubitablement démocrates, à revoir leur position. Reconnaître leur erreur d’appréciation ponctuelle serait tout à leur honneur.

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  • Boycottons l’injustice, pas la Constitution Posté par sylvain, le 17 juin 2010
    Merci beaucoup pour cet article et par extension ce site au contenu riche et intéressant. J’ajoute dès maintenant ce site à mes favoris. Bonne continuation et surtout bon (...)
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