7.10.2008

Dieu fait-il les élections US ?

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Tel était le titre d’une émission de France Culture le 9 janvier 2008. Depuis, les médias ont abondamment commenté cette présence de la religion dans la campagne électorale américaine, dont l’ampleur est soi-disant sans précédent. Ils se sont fait un plaisir d’épingler les déclarations d’Hillary Clinton qui est toujours mariée « grâce à Dieu qui lui a donné le courage de pardonner à son coureur de mari », et de Barak Obama qui demande aux électeurs de l’aider à devenir un instrument de Dieu, ou plus récemment l’exorcisme de la candidate républicaine à la vice-présidence Sarah Palin par un « chasseur de sorcières ».

Sans remettre en cause le bien fondé de notre inquiétude étonnée face à la place tenue par les convictions religieuses des candidats à l’élection américaine, convictions justement considérées de ce côté ci de la « grande mare » comme une affaire privée, je voudrais couper le pied à quelques idées reçues en la matière.

Tout d’abord, si les candidats s’expriment si volontiers à propos de leur foi, c’est avant tout pour séduire l’électorat ; le peuple américain est massivement religieux. Sept américains sur dix souhaitent que l’occupant de la Maison Blanche soit croyant. Il n’est pas du tout certain que le discours religieux des candidats soit le reflet de convictions profondes. N’oublions pas que seuls les électeurs inscrits votent aux Etats-Unis, et les églises mobilisent leurs ouailles lors du scrutin et veillent à leur inscription.

Ensuite, il est bon de rappeler que si la société américaine est effectivement pétrie de religion, l’Etat américain est, lui, laïque. La séparation de l’Eglise et de l’Etat, entre lesquels Thomas Jefferson voulait construire un mur, y est plus stricte que dans la plupart des Etats européens : tout financement public en faveur des églises et groupements à caractère religieux y est interdit. Avant la Révolution française, l’Amérique a reconnu et érigé en principe absolu la liberté de conscience et la neutralité de l’Etat. En 1786, la Virginie adopta un acte établissant la liberté religieuse, rédigé par Jefferson, que ne renieraient pas aujourd’hui les Européens les plus laïques : Il est coupable et tyrannique de forcer un homme à payer des contributions destinées à répandre des opinions qui ne sont pas les siennes […] qu’ainsi, déclarer un citoyen quelconque indigne de la confiance publique, l’écarter des emplois honorables ou lucratifs, à moins qu’il ne professe ou qu’il n’abjure telle ou telle opinion religieuse, c’est le priver injustement des privilèges et des avantages auxquels il a un droit naturel. Tocqueville avait déjà, dans les années 1830, finement observé que si la religion florissait aux Etats-Unis, c’était parce que les églises, n’ayant jamais été associées à l’exercice du pouvoir politique, n’en partageaient pas les responsabilités.

Aucun candidat à la présidence, aussi croyant fut-il, n’a jamais proposé de remettre en cause ce caractère laïque de l’Etat américain. Enfin, il est intéressant de savoir que le candidat qui a la faveur de la plupart des européens, le démocrate Barack Obama, qui explique volontiers avoir ressenti l’appel de Dieu et s’être fait baptisé à 26 ans, est bien plus religieux que son opposant républicain John Mc Cain, pour qui la religion est une affaire privée, et qui a même paru ne plus savoir très bien s’il était baptiste ou épiscopalien…


Le journal catholique français La Croix propose sur son site la traduction française d’un entretien des deux candidats au Catholic digest où ils abordent la question de leur foi : http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2351310&rubId=1094


Dans un tout autre genre, permettez moi de recommander chaudement la vision du jubilatoire Cabin in the sky, le tout premier film de Vincente Minelli, disponible depuis peu en dvd ; dans cette comédie musicale, version moderne de la légende faustienne, on découvre de fabuleux acteurs, tous africain-américains, parmi lesquels Duke Ellington et Louis Armstrong. Lucifer Junior et ses accolytes (dont le grand Satchmo) affrontent l’armée du paradis pour l’âme de l’infortuné Little Joe, joueur invétéré. Joe sera sauvé par la foi inébranlable et les touchantes prières de sa femme Pétunia. En dépit de ce scénario, faussement naïf, Cabin in the sky est un vrai bijou. Est-ce une simple impression, ou la caméra de Minelli a-t-elle beaucoup plus de tendresse pour Lucifer et ses acolytes que pour les envoyés du Lord ? On repère dans ce film Butterfly Mc Queen, inoubliable Prissy dans Gone with the wind. Il est intéressant de savoir que Mc Queen, qui joue ici une grenouille de bénitier, était une athée convaincue (As my ancestors are free from slavery, I am free from the slavery of religion) qui a légué sa fortune à la Freedom from religion foundation.

Cabin in the sky sur la internet movie database : http://www.imdb.com/title/tt0035703/ Freedom from religion foundation : http://www.ffrf.org

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  • Dieu fait-il les élections US ? Posté par Bernard De Backer, le 8 octobre 2008
    Je ne sais si Dieu fait tout cela en plus du reste, mais j’aimerais déjà savoir qui a écrit ce billet : Caroline Sägesser ou Jean-Paul Gailly (...)
    Lire la suite

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