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8.07.2009

Port du foulard à l’école : l’Olivier prépare le statu quo

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Face au regain de la controverse autour de l’interdiction du port du foulard islamique dans la toute grande majorité des écoles, les partis qui vont constituer la majorité à la Communauté française estiment apparemment qu’il est urgent de… ne rien décider. Attitude prudente face à un électorat de gauche très divisé sur la question.

Longtemps, j’ai estimé que cette absence de décision était sage. Qu’elle permettait aux directeurs d’établissement de choisir d’interdire le foulard, ce qu’ils faisaient dans leur toute grande majorité, sans qu’une législation ne vienne l’imposer de façon trop brutale. J’étais par ailleurs — je suis toujours — convaincue qu’imposer l’interdiction du foulard dans les écoles au nom de la laïcité constituerait une erreur : l’obligation de neutralité s’impose à l’État et à ses employés, en aucun cas aux citoyens et aux usagers des services publics. Les arguments les plus valables contre le port du foulard reposent sur les valeurs de mixité sociale et d’égalité entre les sexes.

Aujourd’hui, je constate que cette question du foulard monopolise beaucoup d’attention et d’énergie au détriment d’autres éléments essentiels à l’amélioration des relations entre personnes issues d’horizons philosophiques et religieux différents – par exemple l’adaptation de notre calendrier dont la plupart des jours fériés correspondent encore à des fêtes chrétiennes. Je pense désormais que loin de mettre de l’huile sur le feu, l’adoption d’un décret interdisant le port de signes religieux dans l’enceinte scolaire serait susceptible d’amener une forme d’apaisement.

Sur le fond du problème, à savoir pourquoi il est important de contraindre les jeunes filles à aller nue tête quelques heures par jour, environ la moitié des jours de l’année, je ne peux faire mieux qu’avancer un exemple vécu. Celui d’une jeune femme portant le foulard, d’après elle de sa propre initiative, depuis ses 12 ans. Ce n’est que vingt ans plus tard, ayant échappé à l’autorité successive d’un père puis d’un mari brutal, qu’elle a enlevé son foulard et m’a confié son soulagement de l’avoir fait. Pour elle, et pour toutes les autres, qu’elles soient nombreuses ou non, à couvrir leurs cheveux de ce bout de tissu pour obéir à un homme, il est impératif que la société leur offre au moins un espace où elles seront, en grandissant, entièrement libres de ne pas porter le foulard. Et elles ne seront vraiment libres de toute coercition que si, dans cet espace, il est interdit de porter le foulard. Je peux parfaitement admettre que des jeunes filles portent le foulard de leur libre consentement, et que l’enlever leur soit pénible. Mais il me paraît infiniment préférable de soumettre ces jeunes filles-là à cette contrainte que de ne pas offrir un peu de liberté à celles qui y aspirent.

Étant, après bien des années, arrivée à cette conclusion, je me retrouve un peu isolée, parmi des amis qui dans leur grande majorité, soutiennent le port du foulard à l’école, souvent avec d’excellents arguments. Parmi ceux-ci, j’en relèverai trois, auxquels je crois pouvoir répondre :

1) Porter le foulard relève de la liberté religieuse (à supposer que ce port soit librement consenti). Il convient de rappeler que ce principe de la liberté religieuse n’est pas absolu, il est borné par les exigences de la loi civile qui organise, notamment, la cohabitation des citoyens de différentes opinions et cultures. Par ailleurs, ce droit à la liberté religieuse est un droit dont il n’est pas évident que les mineurs puissent jouir dans sa plénitude ; il est notamment admis qu’elle soit bornée par l’autorité parentale. Enfin, la Cour européenne des droits de l’homme n’a jamais considéré que les interdictions du port du foulard en Turquie ou en France soient contraires à l’article 9 de la Convention européenne des Droits de l’homme.

2) Interdire le foulard revient à couper les jeunes filles qui le portent de l’accès à l’instruction. C’est un raisonnement abusif, dans la mesure où d’autres obligations, notamment disciplinaires, s’imposent aux enfants et adolescents qui fréquentent l’école sans que l’on songe à prétendre que ceux qui refuseraient de s’y soumettre seraient privés d’instruction. L’obligation scolaire existe, et elle est assortie d’une série de conditions. Par ailleurs, l’application sans dommage de la loi interdisant les signes extérieurs de religion à l’école publique en France suffit à démontrer l’absence de ce danger d’exclusion.

3) Interdire le foulard à l’école officielle conduira à la création d’écoles confessionnelles qui nuiront à l’intégration, objectif avoué de ceux qui défendent la neutralité de l’école. Dans la situation actuelle, les moyens font défaut pour la mise sur pied de ces établissements islamiques. Là aussi, l’exemple français montre que ce danger ne doit pas être surestimé : l’immense majorité des élèves se soumettent à l’interdiction du port du foulard.

Me rangeant désormais résolument dans le camp de ceux qui défendent l’interdiction du foulard à l’école, je conserve évidemment intact mon respect pour ceux qui, au nom de valeurs comme la liberté, l’égalité et l’ouverture aux autres pensent différemment. Et j’espère pouvoir défendre ma position sans être taxée de réactionnaire, d’islamophobe ou de laïcarde fanatique… ;-)

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  • Port du foulard à l’école : l’Olivier prépare le statu quo. Posté par Philippe Schwarzenberger, le 12 juillet 2009
    J’ai depuis longtemps plaidé pour que le Législateur impose une règle uniforme pour toutes les écoles officielles (organisées par les pouvoirs publics) en vertu de l’unicité et de (...)
    Lire la suite
  • Laïcarde fanatique ? Posté par Henri Goldman, le 9 juillet 2009
    Absolument pas, je le confirme : tu n’en est pas une. Ni (a fortiori) raciste ou islamophobe. Ces questions de foulard qui nous travaillent si fort sont absolument (...)
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