19.01.2010

Bienvenue à André Léonard

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Pour la grande majorité des catholiques belges, l’année semble commencer sur une bien mauvaise nouvelle : la nomination de l’évêque de Namur, André Mutien Léonard, à la tête de l’archidiocèse de Malines-Bruxelles. Il est aisé de comprendre le dépit des fidèles et du clergé qui doivent bien constater que Rome ne tient aucun compte de leur avis, de la situation de l’Église belge et de l’évolution du monde moderne en général. Et c’est sans doute moins les prises de position de Léonard sur des dossiers comme l’homosexualité, l’avortement, l’euthanasie ou encore la contraception qui posent problème que l’autoritarisme de l’évêque. En effet, dans toutes les questions éthiques, Léonard n’affirme rien d’autre que les positions officielles de l’Église catholique. Et si beaucoup de catholiques belges feignent d’ignorer ces positions, il me semble qu’il leur revient de s’interroger sur la cohérence de leur attitude au moins autant que sur le sens politique d’une Église qui s’obstine à ramer contre le courant. Non, ce qui différencie André Léonard de Godfried Danneels, c’est avant tout le style. Là où on sentait le cardinal profondément humain et tolérant de la variété des hommes, de leurs qualités et de leurs faiblesses, on sait l’ex-évêque de Namur entier et peu tolérant. Il est à craindre qu’il ne se lance dans une opération de reprise en main de l’Église belge qui ne tolérera plus les écarts de ses fidèles ni de ses prêtres.

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Cependant, cette opération, il ne pourra vraiment la mener qu’à l’intérieur de l’archidiocèse de Malines-Bruxelles : contrairement à ce que l’on entend souvent dire, l’archevêque n’est pas l’autorité suprême de l’Église de Belgique. L’archevêque dispose d’une primauté d’honneur au sein de la conférence épiscopale (organe qui rassemble les évêques de Belgique) mais il n’a pas autorité sur ses collègues. Si l’on garde à l’esprit ce fait, et l’âge (69 ans) du nouvel archevêque qui fera de son « règne » un règne de transition, sans comparaison avec celui de son prédécesseur, on peut raisonnablement supposer que l’impact de l’arrivée de Léonard à l’archidiocèse de Malines-Bruxelles sur l’Église sera beaucoup plus limité qu’on ne l’annonce aujourd’hui. À supposer toutefois que le monde catholique flamand accepte la nomination d’un francophone à la tête d’un archidiocèse bilingue et dont le maintien semble parfois aussi difficile que celui de l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde ; mais pour l’instant, c’est le conservatisme de l’élu qui suscite le plus de commentaires et de critiques, même en Flandre, et non son appartenance linguistique.

En revanche, il se pourrait que cette nomination ait un impact sur les relations entre les pouvoirs publics et l’Église. Déjà, des commentaires négatifs ont été entendus au sein du monde politique dès avant l’officialisation de sa nomination, au mépris d’ailleurs du principe de séparation de l’Église et de l’État, mieux établi dans notre pays qu’on ne l’imagine parfois. Rappelons ici que le gouvernement belge n’a pas été consulté avant la nomination d’André Léonard, alors que selon un usage qui remonte au concordat napoléonien, le gouvernement français est systématiquement consulté avant toute nomination d’évêque dans l’hexagone, et cela en dépit de l’affirmation explicite de la laïcité de la République dans sa Constitution…

Laurette Onkelinx a évoqué une possible remise en cause du compromis belge en matière de relations avec les cultes. Il est possible en effet que le retrait de l’Église de la vie publique s’en trouve accéléré. Par exemple, il n’est pas déraisonnable d’imaginer que des personnalités politiques saisissent l’occasion de ce changement de « règne » pour ne plus se rendre au te deum célébré à la cathédrale Saint Michel le 21 juillet. Il est aussi possible que la liste des préséances protocolaires soit enfin revue. Le fonctionnaire qui la commentait ce lundi sur les antennes de la Rtbf semblait d’ailleurs s’y attendre. Rappelons qu’au premier rang de cette liste figurent actuellement les cardinaux. André Léonard n’est pas encore cardinal, et en dépit de sa nomination au siège de l’archidiocèse, le premier personnage du royaume aujourd’hui demeure le cardinal Danneels. Mais, nul ne doute que Léonard ne soit bientôt fait cardinal par Benoît XVI, comme c’est l’usage. Il deviendrait alors le premier personnage du Royaume dans toutes les manifestations officielles où il serait convié. Il me surprendrait qu’au sein du monde politique un consensus perdure pour maintenir cet état de choses.

Bref, la nomination d’André Léonard à la tête de l’archidiocèse me semble un élément de nature à favoriser l’approfondissement de la séparation de l’Église et de l’État dans notre pays, et à ce titre, je trouve qu’il y a des raisons de s’en réjouir.

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